FAQ - Foire aux questions

Quelle est la revendication du mouvement pour la fin de la pêche ?

Pourquoi vouloir la fin de la pêche ?

Pourquoi la campagne prend-elle les seuls êtres sentients pour objet ?

Les poissons, les crustacés et les céphalopodes souffrent-ils ?

Les mollusques souffrent-ils ? pourquoi la campagne n'en parle-t-elle pas ?

Le choix de son alimentation et de ses passe-temps ne devrait-il pas relever de la liberté personnelle de chaque individu ?

Est-ce démocratique de vouloir imposer la fin de la pêche ?

Ne faut-il pas renoncer à l'abolition de la pêche pour sauvegarder un secteur économique qui fournit des emplois ?

La production et la consommation de chairs d'animaux aquatiques apparaissent aujourd'hui essentielles à la subsistance de nombreux humains. Vouloir abolir la pêche, c'est ignorer leurs intérêts ! ?

Pourquoi la campagne prône-t-elle l'abolition, et non la réduction, de la pêche et des élevages ?

Pourquoi ne pas autoriser au moins les élevages où les animaux mèneraient une vie heureuse ?

La demande d'abolition est-elle réaliste ?

Ce mouvement prône-t-il l'égalité entre les humains et les animaux ? Prône-t-il d'accorder des droits aux animaux ?

De nombreux animaux terrestres sont victimes de la consommation de leur chair. Pourquoi la présente revendication ne concerne-t-elle que les animaux aquatiques ?

Pourquoi la campagne ne parle-t-elle pas des mammifères aquatiques ou des tortues ?

Pourquoi la campagne parle-t-elle peu de catastrophe écologique ?

Qu'en est-il des produits animaux utilisés pour la consommation alimentaire autres que les chairs (oeufs, encre, etc) ?

Quelle différence y a-t-il avec la promotion du végétarisme/végétalisme/veganisme ?

Pourquoi vouloir porter la question au niveau politique (en plus de promouvoir le végétarisme/végétalisme/veganisme auprès des consommatrices et des consommateurs) ?

Qui organise ce mouvement ?

 


Quelle est la revendication du mouvement pour la fin de la pêche ?

Abolir l'élevage et la pêche des animaux sentients pour leur chair, ainsi que la vente et la consommation de leur chair.

Pourquoi vouloir la fin de la pêche ?

Parce que la pêche et les élevages aquacoles causent un tort considérable, en souffrance et en mort, à un nombre immense d'animaux, alors qu'il n'est pas nécessaire de consommer leur chair.

Pourquoi la campagne prend-elle les seuls êtres sentients pour objet ?

« La capacité à souffrir — ou plus précisément, à souffrir et/ou à éprouver le plaisir ou le bonheur — n'est pas simplement une caractéristique comme une autre comme la capacité à parler ou à comprendre les mathématiques supérieures. [Lorsque nous disons] que nous devons considérer les intérêts de tous les êtres capables de souffrir ou d'éprouver du plaisir, [nous n'excluons] de façon arbitraire du bénéfice de la considération aucun intérêt du tout — contrairement à ceux qui tracent la ligne en fonction de la possession de la raison ou du langage. La capacité à souffrir et à éprouver du plaisir est une condition nécessaire sans laquelle un être n'a pas d'intérêts du tout, une condition qui doit être remplie pour qu'il y ait un sens à ce que nous parlions d'intérêts. Il serait absurde de dire qu'il est contraire aux intérêts d'une pierre d'être promenée le long du chemin par les coups de pied d'un écolier. Une pierre n'a pas d'intérêts parce qu'elle ne peut pas souffrir. Rien de ce que nous pouvons lui faire ne peut avoir de conséquence pour son bien-être. La capacité à souffrir et à éprouver du plaisir est, par contre, une condition non seulement nécessaire, mais aussi suffisante, pour dire qu'un être a des intérêts — il aura, au strict minimum, un intérêt à ne pas souffrir. Une souris, par exemple, a un intérêt à ne pas recevoir de coups de pied, parce que si elle en reçoit elle souffrira. »

Peter Singer, L'égalité animale expliquée aux humain-es, éd. tahin party, 2007 [1976].

Les poissons, les crustacés et les céphalopodes souffrent-ils ?

Il existe un fort consensus scientifique pour valider la capacité de souffrance des poissons : de plus en plus d’études apportent des preuves d’une douleur consciente.
Il en va de même des céphalopodes (pieuvres, calmars, seiches), dont la capacité à ressentir souffrance et plaisir n’est plus guère mise en question.

Les travaux concernant les crustacés (crabes, homards, crevettes…) restent peu nombreux, mais constituent aujourd’hui un faisceau de présomption très fort en faveur de leur sentience.

Les mollusques souffrent-ils ? Pourquoi la campagne n'en parle-t-elle pas ?

Les céphalopodes sont des mollusques dont les scientifiques s’accordent à dire qu’ils sont sentients. Par contre, les « mollusques à coquille », comme les huîtres, les moules ou les autres coquillages, présentent un système nerveux extrêmement rudimentaire qui exclut très vraisemblablement la capacité à ressentir des sensations.

En l’état actuel des connaissances, on ne peut totalement éliminer la possibilité d’une sentience de ces animaux, mais les raisons de croire qu’ils éprouvent des sensations sont très faibles. Dans le doute, chacun peut choisir de s’abstenir de les consommer, mais nous n’avons pas jugé plausible et souhaitable de les inclure dans la campagne pour l’abolition de la pêche et des élevages aquacoles.

Le choix de son alimentation et de ses passe-temps ne devrait-il pas relever de la liberté personnelle de chaque individu ?

Les activités qui causent des torts majeurs à autrui ne relèvent pas de la liberté de chaque individu. Il appartient à la société de les interdire par la loi.

Est-ce démocratique de vouloir imposer la fin de la pêche ?

Les arguments en faveur de l'abolition de la pêche doivent pouvoir être exprimés et discutés sur leurs propres mérites. Serait-ce démocratique de vouloir empêcher le débat sur la légitimité de la pêche ?

Ne faut-il pas renoncer à l'abolition de la pêche pour sauvegarder un secteur économique qui fournit des emplois ?

La sauvegarde des emplois et les autres raisons économiques ne sont pas suffisantes pour légitimer des pratiques injustes. L'abolition de l'esclavage a fait perdre leur source de revenus à certaines personnes ; elles ont été dédommagées. L'éthique doit l'emporter sur toutes les autres considérations.

Les abolitionnistes n'ont donc pas le devoir de justifier économiquement l'abolition de la pêche, ce qui ne veut pas dire qu'ils et elles se désintéressent de ce problème. La reconversion des personnes qui vivent actuellement de ces pratiques nécessite un accompagnement pendant une période de transition pour faciliter le reclassement des personnels, des entreprises et des secteurs concernés. Les pouvoirs publics doivent accompagner cette reconversion.

La production et la consommation de chairs d’animaux aquatiques apparaissent aujourd'hui essentielles à la subsistance de nombreux humains. Vouloir la fin de la pêche, c'est ignorer leurs intérêts !

Non. Leurs intérêts doivent et peuvent être pris en compte dans la mise en oeuvre de l'abolition.

Pourquoi la campagne prône-t-elle l'abolition, et non la réduction, de la pêche et des élevages ?

La réduction de la pêche et des élevages aquacoles diminuera sans doute le nombre et les souffrances des animaux aquatiques concernés, mais elle ne rendra pas la pêche acceptable d’un point de vue éthique. En outre, revendiquer l'abolition est une façon d’affirmer publiquement que les intérêts des poissons, des céphalopodes et des crustacés comptent – ils comptent « suffisamment » pour exiger la fin de la pêche et des élevages.

La revendication d’abolition permettra sans doute à terme de peser plus efficacement sur les consommations des populations : elle devrait avoir un plus grand impact sur les consciences et sur notre culture qu’une revendication de simple réduction de la pêche ou de mise en place d’une « pêche durable ». Il en résultera une réduction progressive des pêches et élevages, jusqu'à leur interdiction.

La revendication d'abolition n'est pas contradictoire pour autant avec des objectifs d'amélioration des conditions de vie des animaux exploités et tués. Des campagnes pour exiger ces améliorations peuvent constituer des étapes et contribuer à sensibiliser les populations dans la longue marche pour l'abolition.

Pourquoi ne pas autoriser au moins les élevages où les animaux mèneraient une vie heureuse ?

La capacité de nos sociétés à accorder une vie décente et une mort sans souffrance aux animaux dont la chair est commercialisée pour être mangée reste à établir.

Quoi qu'il en soit, la consommation de chair animale nécessite de tuer les animaux pour un produit qui n'est nécessaire ni pour être en bonne santé, ni même pour jouir d'une alimentation plaisante.

La demande d'abolition est-elle réaliste ?

Est surtout irréaliste l’idée qu’on puisse un jour mettre en place des formes de pêches ou d’élevages et de mise à mort des animaux aquatiques qui ne nuisent pas à leurs intérêts fondamentaux.

La demande d’abolition est bel et bien réaliste parce que les humains peuvent vivre en parfaite santé sans se nourrir de chairs animales.
Elle est réaliste parce que les métiers actuels de la pêche et des élevages aquacoles peuvent évoluer vers d’autres formes d’activités.
Elle est réaliste parce que nos sociétés ont effectué d’autres virages majeurs concernant leurs valeurs et leurs pratiques au cours des derniers siècles – y compris pour des raisons éthiques.
Elle est réaliste parce que la considération pour les animaux non humains croît et parce que l’idée se répand que les animaux doivent se voir garantir des droits.
En ce sens, elle est réaliste parce qu’elle est juste et qu’elle se situe dans une perspective de progrès moral de nos sociétés.

Ce mouvement prône-t-il l'égalité entre les humains et les animaux ? Prône-t-il d'accorder des droits aux animaux ?

Ce mouvement prône la fin de la pêche. Même si la campagne met l'accent sur la notion de spécisme, on peut adhérer à l'objectif d'abolition de la pêche tout en continuant de penser que l'appartenance à l'espèce humaine est en soi un critère éthique pertinent. On peut y adhérer que l'on désire, ou non, accorder des droits fondamentaux aux animaux sur le modèle de certains droits humains. Ainsi, refuser que l'on cause des souffrances et des morts non nécessaires constitue une raison en soi de vouloir la fin de la pêche. En pratique, abolir la pêche et les élevages aquacoles, c'est, de fait, accorder aux animaux le droit de ne pas être maltraités ni tués pour être mangés par des humains.

De nombreux animaux terrestres sont victimes de la consommation de leur chair. Pourquoi la présente revendication ne concerne-t-elle que les animaux aquatiques ?

Il existe un mouvement pour l’abolition de la viande, pour la fermeture des abattoirs, qui comprend explicitement dans ses revendications la fin de la consommation des chairs des animaux aquatiques, l'abolition de la pêche et des élevages. Mais les animaux aquatiques souffrent d’une invisibilisation sociale spécifique. Cette invisibilisation se manifeste par exemple dans l’usage courant du terme « viande », qui n’évoque pas dans notre imaginaire les chairs des animaux aquatiques. De même, le mot « abattoirs » n'évoque pas les navires de pêche ou autres lieux d’abattage des animaux aquatiques. Plus généralement, lorsque l'on pense à « des animaux », on pense généralement à des animaux terrestres. Cette invisibilisation a des conséquences dramatiques, puisqu'on parle très peu de la question des pêches et des élevages aquacoles : le plus grand massacre a lieu sous les eaux sans que nous nous en émouvions suffisamment et sans que nous le pointions du doigt.
Cette invisibilisation spécifique rend nécessaire une campagne spécifique sur « la question aquatique », qui permette de la faire émerger en tant que problème dans la culture de nos sociétés.

Pourquoi la campagne ne parle-t-elle pas des mammifères aquatiques ou des tortues ?

La campagne concerne également les mammifères, les reptiles et les oiseaux aquatiques, qui eux aussi pâtissent en grand nombre de la pêche dont ils sont le plus souvent des victimes collatérales. La campagne cependant met l’accent principalement sur le sort des poissons, céphalopodes et crustacés : ils constituent la quasi-totalité des animaux exploités et tués et il faut pouvoir mettre leurs intérêts en avant et les rendre visibles si l’on veut faire reculer le spécisme et obtenir la fin de la pêche et des élevages aquacoles.

Pourquoi la campagne parle-t-elle peu de catastrophe écologique ?

L’impact environnemental de la pêche fait déjà l’objet de nombreuses campagnes de la part d’organisations écologistes.
La présente campagne part du constat suivant : les premières victimes de la pêche sont les animaux aquatiques. Chacun d’entre eux est un être sentient et possède donc ses intérêts propres qui doivent être pris en considération.
Elle a donc la spécificité d’être dédiée entièrement à ces individus à travers le prisme de l’éthique, qui est en soi une raison suffisante pour revendiquer la fin de la pêche.
Parler en termes d'« équilibres naturels » ou de « bonne santé des océans » est peu propice à faire émerger une considération pour les intérêts des habitants de ces espaces, qui ne sont le plus souvent perçus que comme des éléments indifférenciés d’un « environnement », et non plus comme des individus poursuivant leurs fins propres, qui devraient nous importer pour eux-mêmes.

Qu'en est-il des produits animaux utilisés pour la consommation alimentaire autres que les chairs (oeufs, encre, etc) ?

En pratique, vouloir la fin de la pêche, c'est remettre en cause aussi les divers autres produits alimentaires issus de l’exploitation des animaux aquatiques. En effet, la consommation de ces produits n'est nullement nécessaire à une alimentation saine. 

Quelle différence y a-t-il avec la promotion du végétarisme/végétalisme/veganisme ?

La promotion du végétarisme/végétalisme/veganisme vise à ce que les individus décident de changer leurs habitudes de consommation et cessent de manger de la viande.

La revendication d'abolition de la pêche est une démarche politique : elle vise à faire adhérer l'opinion publique à l'idée que la pêche doit être abolie. L'objectif est que les sociétés humaines décident d'interdire la production, le commerce et la consommation de la chair des animaux  aquatiques.

Le refus de manger de la chair d’êtres sentients peut être vu comme un boycott à caractère politique, comme l'expression de son soutien à la revendication d'abolition, à l'image des 300 000 personnes qui, à la fin du 18ème siècle en Grande-Bretagne, boycottaient le sucre des plantations esclavagistes en pleine campagne pour l'abolition de la traite des esclaves.

Au delà des végétariens et des végétaliens ou véganes, de nombreuses personnes questionnent déjà elles aussi la légitimité de l'élevage, de la chasse et de la pêche. Ainsi, en France:

- 14% des personnes interrogées répondent qu'elles ne sont pas d'accord* avec l'affirmation "Il est normal que l'homme élève des animaux pour leur viande";
- 39% ne sont pas d'accord avec l'idée qu'il est normal "qu'on puisse tuer un animal à la pêche";
- 58,8% ne sont pas d'accord avec l'idée qu'il est normal "qu'on puisse tuer un animal à la chasse".

* Personnes se disant "plutôt pas d'accord«  ou  »pas d'accord du tout" parmi les 1.000 personnes interrogées pour l'étude de Geneviève CAZES-VALETTE, « Le rapport à la viande chez le mangeur français contemporain », novembre 2004, page 83.

Pourquoi vouloir porter la question au niveau politique (en plus de promouvoir le végétarisme/végétalisme/veganisme auprès des consommatrices et des consommateurs) ?

Les changements spontanés de comportement des consommateurs ne constituent pas une force suffisante pour mettre fin à la boucherie. Il y a diverses raisons à cela. C'est d'ailleurs une situation très commune : on ne réussit pas non plus à résoudre les problèmes de l'insécurité routière, de la pollution, de la misère humaine, de la maltraitance des enfants en comptant uniquement sur la capacité de chacun à modifier ses habitudes pour y porter remède, même lorsqu'il qu'il est largement admis qu'il s'agit de maux.
En outre, prôner l'abolition de la pêche et des élevages aquacoles est la continuation logique du végétarisme, du végétalisme et du véganisme. Les anti-corrida ne font pas que demander aux gens de boycotter les ferias, ils demandent l'interdiction de la corrida. Les opposants au foie gras ne se contentent pas de déconseiller aux gens d'en acheter, ils veulent obtenir l'interdiction du gavage. Idem pour les opposants à l'esclavage, au travail des enfants, etc. Pourquoi les opposants à la consommation de chairs animales seraient-ils les seuls à se restreindre aux conseils individuels ?

Qui organise ce mouvement ?

La revendication de la fin de la pêche a été conçue collectivement par des personnes de tous horizons, à l’appel de l’association de Suisse romande PEA - Pour l'Egalité Animale. Ce même groupe de personnes, et toute personne nouvelle qui voudra les rejoindre, se donne également pour tâche de faire partager l'objectif de la fin de la pêche auprès des organisations et militants animalistes de tous pays, afin qu'ils le reprennent publiquement à leur compte.

Mais ce mouvement n'appartient à personne : il constitue un objectif à atteindre, une perspective pour orienter nos stratégies, un horizon concret qui peut nous réunir et galvaniser nos énergies, et nous espérons que chacun, que chaque organisation saura oeuvrer pour sa réalisation en fonction de son génie propre.

Pour cette raison, nous n'envisageons pas de créer de structure particulière ; ni organisation pour la chapeauter, ni même fédération ; un réseau entre les individus et structures engagées semble suffisant dans un premier temps pour échanger aussi bien des informations que des points de vue stratégiques et mettre nos efforts en commun lorsque cela s'avère profitable. A terme, il est probable qu’il soit justifié d’évoluer vers une coalition internationale pour peser sur les décisions à l’échelle mondiale.